Vers le monoplateau à grande vitesse ?
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Crédit Campagnolo SRL
La multiplication des pignons condamne-t-elle le double plateau ? La question se pose plus que jamais avec la généralisation des transmissions 12 et 13 vitesses. Quel sera l’avenir ?
En 2025 un vélo de course, de cyclosport ou de cyclotourisme c’est 2 plateaux, 11, 12 ou 13 pignons, soit entre 22, 24 et 26 développements plus ou moins différents. Différents certes mais utiles, vraiment utilisés aussi ? Avec cette offre on est sûr de passer partout ou presque. On ne change plus sa cassette on est sûr d’avoir les bons développements pour le plat ou la montagne. Pratique. Mais ce qu’on note c’est qu’avec 12 ou 13 vitesses à disposition sur sa cassette quand on est en plaine, on utilise nettement moins son petit plateau. Voire plus du tout. À la moindre côte, on grimpe donc souvent chaîne croisée parce qu’il est plus « facile » de passer d’un pignon à l’autre que de changer de plateau. Des questions et habitudes qui peuvent pousser à réfléchir au monoplateau, à son utilité, à son aspect pratique et à la pertinence de cette option. Et à réfléchir surtout à qui cette solution peut se destiner. Parce que tout le monde n’y a pas intérêt, voyons pourquoi.

Pourquoi le monoplateau chez les pros ?
Les pros, surtout en Sram, utilisent de plus en plus souvent le monoplateau. Campagnolo vient de rajouter cette offre à sa plateforme Super Record 13, et il y a des « bricolages » en Shimano. Pourquoi et pour quelle(s) raison(s) se priver de 12 ou 13 développements ?

Gérard Vroomen, cofondateur de Cervélo, à la tête 3T Cycling y croyait dur comme fer en 2018 en équipant la formation Aquablue Sports avec des 3 T Strada en Sram Force 1X : » On n’utilise pas les 22 développements disponibles au cours d’une sortie. Un plateau de moins, c’est aussi un dérailleur en moins donc une surface frontale réduite induisant un gain aérodynamique. Et c’est aussi un gain de poids en plus de limiter les risques de déraillement. » Il est vrai que pour les pros, même quand le dérailleur électronique est paramètré pour gérer automatiquement les écarts de développements liés au changement de plateau, passer d’une couronne à l’autre reste un moment de tension. On se souvient du saut de chaîne d’Andy Schleck sur le Tour de France 2010, il était en mécanique certes mais cela reste significatif du risque inhérent au changement de plateau… Les nombreux dispositifs présents sur le dérailleur avant pour éviter cela sont aussi un témoignage de cette crainte. Ils sont cependant remplacés par un garde-chaîne en monoplateau, comme quoi…

On a vu avec l’apparition du Sram Wifli, les coureurs (dont Alberto Contador) grimper les cols en 53/32… L’équivalent d’un 39/23 en fait. Trop grand pour nous en montagne, mais pas pour eux ! Puis Shimano a proposé une cassette 11-30 et un dérailleur adapté et Campagnolo avec son groupe Super Record 12 a tranché avec deux cassettes seulement, une 11-29 et une 11-32. On a ainsi souvent vu Pogačar sur le Tour de France, en 2020 et 2021, grimper sur la plaque chaîne croisée. Avec l’arrivée des cassettes 12 vitesses avec pour plus grand pignon un 34, 33 ou 36 dents on retourne sur des développements « plus raisonnables » pour des pros. Un 54/36 c’est l’équivalent d’un 39/26 et en Sram un 52/33 c’est comme un 39/25.

En plus de s’affranchir des risques et inconforts liés à un changement de plateau, mettre plus de dents en jeu dans une transmission diminue les frottements. Le hic c’est la ligne de chaine. Sur un double, le grand plateau est déporté vers l’extérieur alors forcément quand on croise pour aller chercher les 2 ou 3 derniers grands pignons, on augmente considérablement les frottements et l’usure ce qui annule les gains.

Le monoplateau est lui plus centré par rapport à la cassette. Ce qui fait que l’on limite notablement les frottements quand on va sur les pignons extrêmes en haut et en bas. La chaine ne « dévie » alors de sa ligne idéale que de 5 pignons et non de 8 ou 9. Et là on gagne sur tous les plans, frottements et durée de vie. On peut imaginer qu’il s’agit d’une des raisons pour lesquelles le monoplateau se retrouve souvent contre-la-montre.

Mais aussi qui explique que Classified trouve sa place chez Ineos-Grenadier en CLM. Parce qu’en contre-la-montre ce qui compte c’est la régularité du coup de pédale et si la cassette est mal étagée, qu’il y a de gros écarts entre deux pignons, les sautes de développements sont ingérables. Donc la solution pour le CLM, une autre cassette à la gamme plus resserrée ou un double plateau « virtuel » Classified !
Le monoplateau pour nous ?
Alors déjà le monoplateau ne sera pas pour tout le monde, il faut composer avec les écarts entre les pignons. Avec un grand plateau, des écarts de 3 dents restent confortables, avec 4 dents cela devient moins agréable en compétition. Et une cassette « surdimensionnée » comme une 10-46 cela pèse en plus son poids et annule une bonne part de l’intérêt de la chose… Même si on « réserve » la première partie de la cassette pour le plat et la seconde pour des ascensions très ardues comme les Monts des Flandres. Que reste-t’il pour les montées intermédiaires ?

Mais avec des cassettes de 12 ou 13 pignons, on a aussi la possibilité d’avoir une plage de développements suffisants pour aborder des reliefs divers et variés. Ainsi pour la compétition, les cassettes les mieux étagées sont en 13 vitesses la 10/29 et en 12 vitesses la 10/28. Un peu moins fluides, il y a aussi les cassettes 10-33 en 12 et 13 vitesses pour les pros en montagne. Mais là il faut jouer avec des écarts plus importants sur les derniers pignons. Sur la cassette 13 vitesses (Campagnolo) ils sont de 3 dents puis 4 dents et sur la 12 vitesses Sram de 4 et 5 dents... Moins facile à gérer que le double mais pour un cycliste en forme avec de bonnes aptitudes à grimper cela passe encore. Mais c’est moins confortable quand même. Et si on est moins bon grimpeur, on pourra avoir des difficultés à changer de développements en cours d’ascension. Mettre plus grand de 4 ou 5 dents n’est pas évident, alors que mettre plus petit l’est !

Quelques exemples de plus petits développements
Avec un plateau de 50 dents et un départ 10, on a un rapport de 5. Soit pour chaque tour de pédalier 5 tours de pignon et donc de roue. Ce qui constitue le développement une fois intégrée la circonférence de la roue qui varie avec la section des pneus. Le 50/10 est donc l’équivalent d’un 55/11, il faut de la cuisse… Pour un 48/10, le rapport est de 4,8 l’équivalent d’un 53/11 (rapport de 4,81). On peut aussi basculer sur du 46/10 équivalent 51/11 plus accessible en compétition ou du 44/10 équivalent à du 49/11 intéressant pour un cyclosportif.
| Combinaison monoplateau | Rapport | Équivalent 39 dents | Rapport | Équivalent 36 dents | Rapport |
| 50/28 | 1,785 | 39/22 | 1,772 | 36/20 | 1,8 |
| 50/29 | 1,724 | 39/22 | 1,772 | 36/20 | 1,8 |
| 50/33 | 1,515 | 39/26 | 1,5 | 36/24 | 1,5 |
| 48/28 | 1,714 | 39/23 | 1,695 | 36/21 | 1,714 |
| 48/29 | 1,655 | 39/24 | 1,625 | 36/22 | 1,636 |
| 48/33 | 1,454 | 39/27 | 1,444 | 36/25 | 1,444 |
| 46/28 | 1,642 | 39/24 | 1,625 | 36/21 | 1,714 |
| 46/29 | 1,586 | 39/25 | 1,56 | 36/23 | 1,565 |
| 46/33 | 1,393 | 39/28 | 1,392 | 36/26 | 1,384 |
| 44/28 | 1,571 | 39/25 | 1,56 | 36/23 | 1,565 |
| 44/29 | 1,517 | 39/26 | 1,5 | 36/24 | 1,5 |
| 44/33 | 1,33 | 39/30 | 1,3 | 36/27 | 1,333 |
Le but étant de conserver une gamme de rapports échelonnée régulièrement, il est très difficile d’atteindre avec un monoplateau un rapport égal à 1. Celui qu’on obtient avec un 34/34 ou un 36/36 par exemple et qui permet « d’effacer » le Koppenberg ou la Redoute quand on a les jambes ! Ou alors il faut réduire le plateau à un 40 dents voire moins avec le fait d’être peut être un peu court sur le plat. Pour une activité de type cyclotourisme, bikepacking ou cyclisme longue distance, le compact semble donc avoir de beaux jours devant lui. Car même s’il existe des des cassettes 10-36, voire 10-42 ou 10-46. Les très grands écarts entre deux pignons, ne sont pas faciles à gérer en montée et sur le plat. Surtout si on roule depuis des années avec deux plateaux. Mais ces cassettes généralement dédiées au gravel peuvent en revanche convenir associées à un monoplateau si le vélo est chargé de bagages. Car là le surplus de poids change notablement la façon de rouler et de pédaler.

Pourquoi le monoplateau travaille-t’il aussi l’esprit de l’industrie ?
Cela va typer les vélos. Pour la course le mono, pour le cyclosport/endurance/cyclotourisme le Mid-compact (52-36) ou compact (50-34). Autre intérêt, un gain financier, il y a un dérailleur et un plateau à ne pas acheter… Et le plus important c’est le gain de temps de montage et de réglage. Pas négligeable quand toutes les commandes sont intégrées et qu’il faut les faire passer dans le cadre. Le jeu de direction Aheadset, les pédaliers à cartouche, même si ces solutions sont désormais très pratiques, ont été créées pour faciliter le montage en usine. Enfin n’oublions pas que Shimano déposait un brevet à la fin des années 90 sur une transmission monoplateau 14 vitesses. On peut donc imaginer que les atouts économiques du monoplateau le pousseront sur le devant de la scène ces prochaines années. À prendre en compte même si c’est pratique à l’usage.
En conclusion
Le monoplateau est séduisant pour diverses raisons. Gain de poids, gain aérodynamique, simplicité d’usage, frottements limités de la chaîne, usure moindre de la transmission, à vous donc de choisir l’avantage qui vous intéresse. Mais cela implique d’une part d’avoir une gamme de rapports correspondant à vos capacités et à votre activité et d’autre part, il faut également tenir compte du fait que vous serez sans doute obligé d’effectuer des changements de cassettes et/ou de plateau si votre terrain de jeu change…

Et cela a un coût, impose des cassettes et des plateaux supplémentaires, voire des outils et surtout du temps. Cela revient à ce que nous connaissions il y a 50 ans. Les vélos de course « standards » avaient alors 12 vitesses (roue-libre à 6 pignons), étaient en 52-42 avec des roue-libres 13-21 (rapports de 4 à 2 !), on trouvait des pignons 12 dents mais pas en série et le dérailleur arrière tolérait à peine un pignon de 26 dents. Et surtout on adaptait la roue libre au terrain sans arrêt… Pour le cyclotourisme c’était le triple plateau en 52-42-32 ou 50-40-30 avec un dérailleur arrière tolérant du 28 dents maximum. Pour cette dernière activité, le compact restera donc d’actualité, car avec tous ces développements à disposition, il compense l’abandon du triple plateau. Et fait même plus puisque proposant de 22 à 26 développements ! On y verra plus clair en 2026 !
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